|
Les dynasties musulmanes du Moyen Âge
Le rêve de Justinien Ier s'effondra lorsque, en 647, les Arabes,
porteurs d'une nouvelle religion, l'islam, se lancèrent à la conquête de l'Afrique du Nord, et trouvèrent un
accueil favorable dans les populations urbaines et
côtières, dont beaucoup se convertirent. À l'est, dans les
Aurès, ils durent s'opposer à la résistance de deux
chefs berbères, Kusayla et la Kahina, une prophétesse.
Mais, dès le début du VIIIe siècle, les Berbères se
soumirent et se convertirent massivement à l'islam. Des chefs
de guerre, tel Musa ibn Nusayr, s'illustrèrent dans
les troupes musulmanes. Dès le début du VIIIe siècle,
l'Algérie, comme l'ensemble du Maghreb, était devenue une province placée sous
l'autorité des Omeyades. Les Arabes et les nouveaux convertis qui avaient
adopté leur
genre de vie et leur langue y constituaient une élite urbaine.
Après 740, tandis que se multipliaient les querelles de
succession pour le califat, les Berbères se dressèrent
contre l'autorité califale et beaucoup rallièrent les
kharijites, dissidents fondamentalistes et démocrates de l'islam.
Une communauté kharijite subsiste d'ailleurs aujourd'hui dans
le Mzab (ibadites). Les Berbères kharijites
fondèrent plusieurs petits royaumes. L'un des plus importants,
celui des Rostémides, créé en 777 à Tahert
(Tiaret), fut balayé en 911 par la dynastie arabe chiite des
Fatimides , soutenue par les Kabyles, une
confédération berbère de l'Est. Dès le XIe siècle, l'arabe
devint la langue majoritaire dans les plaines et les
steppes. Seuls les Berbères des montagnes résistaient
durablement. Deux dynasties berbères devaient
cependant régner sur toute la région entre le XIe et le XIIIe
siècle : les Almoravides et les Almohades. Venues de
la
Mauritanie pour la première et du
nord du Maroc pour la seconde, elles étendirent leur influence du Nord-
Ouest africain au sud de l'Espagne. Tlemcen, la capitale des
Almohades, devint un centre artisanal réputé. On y
construisit de belles mosquées et de nombreuses écoles
coraniques. Les ports maritimes (Bejaïa, Annaba et
Alger, en pleine expansion) développèrent un commerce actif,
apportant en Europe les fameux chevaux barbes,
de la cire, un cuir de qualité et des tissus.
L'autorité Ottomane
L'anéantissement des Almohades, en 1269, déclencha
une rude bataille commerciale entre chrétiens
(Espagnols) et musulmans pour le contrôle des ports de la Méditerranée. La
région fut partagée entre trois
dynasties berbères : les Mérinides à Fès, les Abdelwadides à
Tlemcen et les Hafsides à Tunis. Dès la fin du XVe
siècle, après la reconquête chrétienne (la Reconquista) de la
totalité de l'Andalousie, l'Espagne occupa plusieurs
ports de la côte algérienne (Mers el-Kébir, Oran, Béjaïa). Les
Abdelwadides acceptèrent le protectorat espagnol,
mais les autorités religieuses des villes portuaires,
soutenues par la population, engagèrent des corsaires, qui
capturaient les navires marchands et retenaient l'équipage et
la cargaison en échange d'une rançon. En 1518,
Alger et plusieurs autres ports furent assiégés par les Espagnols
; les Turcs ottomans furent appelés à la
rescousse.
Les Barberousse, deux frères corsaires, d'origine grecque ou
sicilienne — selon les sources — et convertis à
l'islam, obtinrent du sultan Soliman le Magnifique d'être
envoyés en Afrique du Nord avec une flotte. Ils
chassèrent les Espagnols de la plupart de leurs nouvelles
possessions, résistèrent au siège de Charles Quint
devant Alger (1541). Les Abdelwadides furent déposés en 1554,
et Khayr al-Din, le plus jeune des Barberousse,
fut nommé beylerbey, c'est-à-dire représentant du sultan en
Algérie. Proconsuls militaires d'Afrique, ces « rois
d'Alger » exercèrent leur autorité non seulement sur la zone
littorale, mais sur les pachas de Tunisie et de
Tripolitaine. En raison de son éloignement de Constantinople,
la régence d'Alger fut gouvernée comme une
province autonome.
Conséquence indirecte de la Reconquista espagnole,
l'établissement des Ottomans en Algérie déboucha sur la
mise en place d'une monarchie élective et des formes de
gouvernement qui marquèrent profondément l'Algérie :
au XVIIe siècle, Alger choisissait son dey qui recevait
ensuite l'investiture de Constantinople. L'ordre était en
principe assuré par deux forces militaires rivales, l'odjaq,
la milice des janissaires, et la taïfa des raïs, la
corporation des corsaires. Mais l'arrière-pays — le Sud, le
Constantinois, la Kabylie
— échappait au pouvoir de la
régence d'Alger, qui fut essentiellement une « colonie
d'exploitation ». Le pouvoir ottoman eut recours à la
formation de smalas (colonies militaires) et aux maghzens, des
tribus privilégiées qui faisaient rentrer l'impôt.
La conquête française
À l'extérieur, Alger devait sa puissance à
l'efficacité de sa flotte de corsaires qui exerçait une forte influence en
Méditerranée occidentale. Régulièrement, les États européens
payaient un tribut pour assurer la protection de
leurs navires, et les rançons des prisonniers apportaient de
gros revenus à la régence. Mais à la fin du XVIIIe
siècle, les progrès réalisés en matière d'armement et de
construction navale permirent aux Européens de mener
une action collective contre la capitale corsaire. En 1815,
les États-Unis envoyèrent une escadre navale à Alger.
L'année suivante, le dispositif défensif de la ville fut
pratiquement annihilé par une flotte anglo-hollandaise.
En 1827, prétextant un incident qui avait opposé le dey
Hussein au consul de France Deval, Charles X ordonna
un blocus naval et une expédition militaire contre la ville.
Les troupes françaises, fortes de 37 000 hommes,
s'emparèrent d'Alger en 1830 et occupèrent une partie du pays.
Le nouveau régime suscita d'emblée une
farouche résistance de la part de tribus habituées à une
autorité turque très indirecte. En Oranie, elles
s'organisèrent autour de l'émir Abd el-Kader, qui proclama la
guerre sainte contre les Français en 1839. Sa
tactique, fondée sur des attaques éclair, rendit très
difficile l'entreprise de conquête menée notamment par le
général Bugeaud. Abd el-Kader, qui s'était réfugié au Maroc et
avait obtenu, un temps, l'appui du sultan
marocain, fut définitivement vaincu en 1847, mais il devait
demeurer longtemps comme un héros de la résistance
nationale aux yeux de beaucoup d'Algériens.
|